samedi 11 avril 2015

Impressions. Paysages minuscules ( 3 )


Je m' en souviens parce que c' était la première fois que je marchais seule dans une ville.
Juillet dépliait son drap d' ombre aux trouées de soleil et les hauts murs que je longeais rendaient au matin la chaleur de la veille.
Une promenade carcérale, c' est à cela que j' ai pensé.

Je ne savais rien, ou si peu, du ciel morcelé, de l' horizon en cage. Rien de la frénésie butinière. Rien des odeurs de pain chaud et de toutous poudrés.
Je venais d' une terre sans passé qui m' avait tout appris et comme je t' ai haïe alors, toi  tes faits d' arme, tes maisons cossues, tes jardins sans enfants, tes trottoirs mouillés de décembre et tes dimanches aphones.

Il est pourtant des soirs qui réveillent les soleils assoupis.
Je vois encore les yeux couleur de mûres. Dans le parfum têtu des glycines, nous marchions côte à côte. Les rues baignaient d' un air liquide et chaud. La chambre avait des airs bohêmes. Sur le seuil, nos grands corps empêchés n' osaient rien. Une main tendue qui se ravise. Un sourire. Demain...
Je cours, ma ville, je défais tes barreaux, j' ouvre les grilles de tes jardins trop sages, les tentures de tes fenêtres opaques. Demain... Je cours, au gré des rues. Je te fends, te piétine, te secoue, t' encanaille.. Demain.

Et parce qu' il est des baisers qu' on attend toute une vie, toi ma ville au nom d' eau, tu embaumes à jamais du parfum des glycines.










8 commentaires:

  1. L'attardée12 avril 2015 à 19:00

    Et parce que je ne vois, à ce texte si dense, encore aucun commentaire, il faut bien que je vienne dire tous les frissons qu'il fait passer en moi. Et peut-être des souvenirs.

    RépondreSupprimer
  2. merci pour ces mots et les souvenirs frissonnants..

    ( une Attardée au style inimitable.. ou bien je me trompe.. :))

    RépondreSupprimer
  3. Il y a de quoi rester coi à la lecture d'une légèreté si profonde, d'un bouillonnement si apaisant, d'un feu si doux. Il suffit de se laisser prendre par l'émotion qu'il suscite, ce texte et se taire, pour parfaire l'instant.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Peut-être qu' on écrit simplement pour recevoir un jour des mots comme ceux-là, JC...

      Supprimer
  4. Le dernier commentaire est suffisamment clair. Je crois qu'on ne peut mieux dire. Donc je me tais.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Un grand vide, soudain, quand tu ne parles plus.. :)

      Supprimer
  5. Le parfum des glycines... Il est des parfums qu'on n'oublie jamais.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. La glycine, votre madeleine Feuilly ? :)

      Supprimer