Les poings serrés au fond des poches, le dos voûté, la tête dans les épaules, celui qui marche est d' abord une silhouette. Je dis celui mais c' est peut-être elle. Celui qui marche n' a pas de sexe. Il n' a qu' une histoire trop lourde à porter.
Celui qui marche ne sait pas où il va, mais il s' y rend d' un pas pressé. Tels les jouets de l' enfance, qu' on réveillait d' un tour de clé, ses jambes sont comme deux mécaniques dont rien, ni le vent, ni la glaise, ni les cailloux qui roulent, ne peuvent ralentir la foulée.
La beauté du paysage n' importe pas. Il faut qu' il soit assez vaste pour s' y sentir tout petit; assez familier pour n' y être rien.
Et puis, il faut le ciel...
Celui qui marche ne chemine jamais seul. Il emporte avec lui les morts et les vivants. Ses poches ne sont pas vides. Au creux des poings des mots dans des langues oubliées et la vie comme elle va.
Celui qui marche offre au vent sa tristesse, comme ces tombereaux de fusillés qu' on jette en un charnier.
Je dis celui mais c' est peut-être moi...
Moi qui vais, sur les chemins trempés de pluie, ma peine collée aux bottes, levant des légions de perdreaux, libre volaille au vol si lourd qu' elle mérite bien quelques injures.
Moi, seule, traversant l' océan d' argile où les sentiers, comme des jetées ne mènent à aucun bateau...
Je suis celui qui marche et mon ombre me précède.
Et c' est Toi, je le sais, qui tailles mon chemin...
mardi 6 novembre 2012
mercredi 31 octobre 2012
Passer l' hiver
C' est un chagrin
Que je ne peux te dire
Car il est vaste comme la mer
Quand elle penche
Et voudrait déverser
Tout son sel par mes yeux
Plus cinglant
Qu' un ciel de décembre
Quand il pleut des cailloux
De la tourbe
Plein nos bouches
C' est un chagrin d' enfant
Qui arrose de larmes
Les bleus de ses genoux
C' est la même main stupide
Venue d' on ne sait où
Des doigts d' équarrisseur
Qui farfouillent dans nos gorges
Froissant ce qui palpite
Comme des papiers gras
Un chagrin de grand lièvre
A la course arrêtée
...
Nos amours
Mon amour
Ne passeront pas
L' hiver
mercredi 17 octobre 2012
Fille d' automne
Cette fille de septembre
Que tu couvrais de baisers
En pesant
Sur son ventre
Je me souviens
Comme elle riait
De sa première pluie
Mais les corps se défont
Au vol des gorge-bleue
Toisant le ciel d' octobre
Trempé de solitude
Il te faudrait creuser
Ces murailles de brume
D' une main qui tremble un peu
Et fouiller de la langue
Le brasier roux
De son désir
Avant
Que les flocons ne viennent
Se poser sur ton rêve
En petits tas
Frileux
jeudi 4 octobre 2012
Coques ( 3 )
Pas plus haute que trois pommes, une poignée de printemps, je remonte le seau où s' entasse ma pêche miraculeuse, dans une eau trouble de fond de baie. Sifflotant malgré moi, j' ai tout du jeune épagneul, la truffe humide, les chaussettes d' argile et dans l' oeil, la fierté du travail accompli. Comme lui, déposant la bécasse aux pieds de son maître, pour une simple caresse, je laisse le seau devant la porte, attendant, l' air de rien, les oh!, les ah!, les beau boulot, pétard d' oiseau, quelle pêche!
Ainsi flattée, comme il serait grand alors, et noble, de rendre à la mer ses enfants à coques striées. Dans un geste chevaleresque, renverser le contenu du seau de long de cette ligne incertaine où l' eau vient épouser la terre et rire de ces petits navires nacrés et patauds que les vagues viendraient chahuter avant de les rouler sur le sable.
Au fond du seau les bucardes, organes baignés de sang, pieds, reins, coeur et pourquoi pas pensées tendres ou peur farouche de la mort, pressentant l' ombre de mes remords, s' agitent, se pressent, palabrent et se rassemblent, ne formant plus qu' un cri, une longue plainte muette dont je perçois l' écho. C' est une révolution. Toutes sortent un bras vengeur qui balance à la surface de l' eau comme une trompe d' éléphanteau. Toutes sauf une, la plus blanche, qui se tient bien serrée sur elle même, prenant forme de coeur pour faire fléchir le mien, qui pour l' heure, a la souplesse d' un caillou.
Car il faut bien l' avouer, quand la faim vous tenaille, un coquillage n' est rien qu' un coquillage et avec lui, cette promesse d' amertume sucrée. Sur le bout de la langue, l' océan tout entier.
Ce goût de sel et de voyage...
Ainsi flattée, comme il serait grand alors, et noble, de rendre à la mer ses enfants à coques striées. Dans un geste chevaleresque, renverser le contenu du seau de long de cette ligne incertaine où l' eau vient épouser la terre et rire de ces petits navires nacrés et patauds que les vagues viendraient chahuter avant de les rouler sur le sable.
Au fond du seau les bucardes, organes baignés de sang, pieds, reins, coeur et pourquoi pas pensées tendres ou peur farouche de la mort, pressentant l' ombre de mes remords, s' agitent, se pressent, palabrent et se rassemblent, ne formant plus qu' un cri, une longue plainte muette dont je perçois l' écho. C' est une révolution. Toutes sortent un bras vengeur qui balance à la surface de l' eau comme une trompe d' éléphanteau. Toutes sauf une, la plus blanche, qui se tient bien serrée sur elle même, prenant forme de coeur pour faire fléchir le mien, qui pour l' heure, a la souplesse d' un caillou.
Car il faut bien l' avouer, quand la faim vous tenaille, un coquillage n' est rien qu' un coquillage et avec lui, cette promesse d' amertume sucrée. Sur le bout de la langue, l' océan tout entier.
Ce goût de sel et de voyage...
dimanche 23 septembre 2012
Une maille, encore
Ce rêve que tu crochètes
Sous ta lampe d' opaline
Sent bon la cire au parquet
La confiture à la cuisine
Et la lavande
En petits sacs
Sans relâche
Tu tricotes
Un jardin
Zébré de chemins bleus
Un banc sous un tilleul
Quelqu' un qui t' y attend
Un rang pour un sourire
Un autre pour un dimanche
Qui n' en finirait pas
Des aurores éprises
Aux visages froissés
Qu' on ne peut s' empêcher
D' embrasser sur la bouche
Tu retournes l' ouvrage
A l' automne qui s' en vient
Au brin de couleur pourpre
Aux doigts trempés de brume
N' écoute pas les chiens
Garde toi de défaire
Le ruban qui s' enroule
Une maille encore
Une maille
De ton rêve
Au point mousse
Sous ta lampe d' opaline
Sent bon la cire au parquet
La confiture à la cuisine
Et la lavande
En petits sacs
Sans relâche
Tu tricotes
Un jardin
Zébré de chemins bleus
Un banc sous un tilleul
Quelqu' un qui t' y attend
Un rang pour un sourire
Un autre pour un dimanche
Qui n' en finirait pas
Des aurores éprises
Aux visages froissés
Qu' on ne peut s' empêcher
D' embrasser sur la bouche
Tu retournes l' ouvrage
A l' automne qui s' en vient
Au brin de couleur pourpre
Aux doigts trempés de brume
N' écoute pas les chiens
Garde toi de défaire
Le ruban qui s' enroule
Une maille encore
Une maille
De ton rêve
Au point mousse
mercredi 19 septembre 2012
...
C' est ce que j' aimais le plus, ta douceur. Cette dégaine de petit garçon.
Et ta façon de clouer le bec à ceux qui ignoraient qu' une fleur gracile que le vent chahute est un chêne à ses heures.
Au pied des blocs, on se croisait sans se chercher, des claires journées d' hiver aux soirées tièdes de fin d' été et je garde de toi une image par saison.
Oublier tout le reste, la longue traversée, de corps squelettique en visage soufflé, de cheveux qui s' envolent en espoirs toujours déçus.
La plus belle falaise à gravir, c' est celle qui t' attend ce matin, jusqu' à ton foutu paradis.
En solo.
Un sourire en coin, tu disais quelquefois que tu n' avais pas peur...
à V...
Et ta façon de clouer le bec à ceux qui ignoraient qu' une fleur gracile que le vent chahute est un chêne à ses heures.
Au pied des blocs, on se croisait sans se chercher, des claires journées d' hiver aux soirées tièdes de fin d' été et je garde de toi une image par saison.
Oublier tout le reste, la longue traversée, de corps squelettique en visage soufflé, de cheveux qui s' envolent en espoirs toujours déçus.
La plus belle falaise à gravir, c' est celle qui t' attend ce matin, jusqu' à ton foutu paradis.
En solo.
Un sourire en coin, tu disais quelquefois que tu n' avais pas peur...
à V...
dimanche 9 septembre 2012
Coques ( tableau 2 )
J' allais
Les boucles de cheveux
Poissées d' embrun
Par gros temps même
Retrouver ces gestes d' enfance
Front plissé
A genoux
Bien avant la lumière
Je sentais déjà la pépite
La coque entre les doigts
Le tendre lissé des palourdes
J' avais
Pour compagnons piaillards
Quelques grands oiseaux blancs
Chaussés de fourches
Un vieux crabe
A l' oeil torve
Le temps filait ainsi
Au tracé des rigoles
Tandis que la marée
N' en finissait
De relever ses jupes
Comme une femme de marin
Dévoile ses paysages
Aux yeux brûlés de sel
De celui
Qui n' en revient pas
...
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